Les dents de la mer : on connaît la musique. On la connaît tellement bien qu'il suffit de deux notes pour avoir froid dans le dos. Que de dommages que peut faire une bonne bande originale ! Les talents de Steven Spielberg et de John Williams auront aidé à forger dans notre imaginaire collectif l'image des requins monstres. Il ne suffirait que d'une goutte de sang dans l'océan pour en réveiller l'instinct assassin. Avec son film « Les seigneurs de la mer », le photographe animalier canadien, Rob Stewart, veut mettre terme aux idées reçues en affirmant haut et fort que les requins ne mangent pas les hommes.
Un massacre qui rapporte gros
Au départ, c'est un documentaire sur la beauté de ces grands prédateurs qu'il voulait tourner. Son projet : montrer que les requins ne sont pas dangereux, ils ont même peur de l'homme et sont très difficiles à filmer. Mais la réalité qu'il a découverte lorsqu'il s'est d'abord rendu aux îles Galápagos a changé le scénario. « Sur 100 km, des lignes étaient étendues pour pêcher les requins.... D'autres espèces marines comme les tortues en étaient également victimes. Cette pêche ne garde enfin que les ailerons coupés sur des requins encore vivants ensuite rejetés dans la mer. C'est affolant », raconte Rob Stewart. Le film dévoile cette scène de mort qui, elle, fait vraiment froid dans le dos. «Personne ne voit ce massacre quotidien car c'est dans l'océan que ça se passe. Il serait inimaginable de voir des pareils pratiques sur terre ferme », s'indigne-t-il.
L'enquête menée par le jeune réalisateur et son équipe, révèle un réseau de trafic et de commerce internationaux qui n'épargnent même pas les aires protégées, comme les Galápagos ou le Costa Rica. Les spécialistes estiment que chaque année, plus de 100 millions de squales sont tués pour leurs ailerons, consommés en soupe ou séchés pour en faire des pseudomédicaments. Leur prix peut atteindre aujourd'hui 500 $ le kg au détail. Un business juteux qui ne pourra être éradiqué que par la sensibilisation du public selon Rob Stewart : « Avec mon film, je veux donner envie aux gens de s'engager. Beaucoup de documentaires sont comme du sirop pour la gorge : on le boit car on sait que ça nous fait du bien, mais ce n'est pas bon. Avec mon film, je montre que l'engagement, c'est cool. Je suis convaincu que l'inspiration est tellement plus efficace que le désespoir ! »